[Intro] Jaune fluorescent sur ma page à moi. Crayon gris sur le papier brun. Deux couleurs qui n’auraient jamais dû se rencontrer. [Verse] J’ai pris un crayon, pas un stylo, règle d’archive, geste appris tôt. Pourtant ma main s’est arrêtée sur une phrase presque effacée. « Charge trop lourde » dans l’encre ancienne, « reste à vivre » sur une page récente. Je trace un trait, puis un deuxième, deux siècles tiennent sous le même centimètre. Une note en bas parle du chemin, une autre d’un bus supprimé demain. Un paysan demande un droit d’usage, un retraité demande encore un passage. Je devrais préparer des légendes, mesurer le verre, choisir les dates. Mais je commence une autre liste dans la marge de mon propre cahier. [Chorus] Dans la marge, j’écris les ressemblances, dans la marge, les années perdent leur distance. Un trait jaune traverse le temps, de l’encre brune jusqu’au présent. Dans la marge, je n’arrive plus à dire : « Tout cela n’existe plus. » [Verse] À quatorze heures, la mairie sonne, une collègue apporte des trombones. Elle dit : « Belle trouvaille, Claire, ça fera une vitrine populaire. » Je réponds oui, je ferme l’écran, mais garde le marqueur entre les dents. Sur le cahier de deux mille dix-neuf, une phrase revient neuf pages sur dix : « Trop loin. Trop cher. Trop compliqué. » Les mots changent, le rythme est serré. Une autre écriture, plus inclinée : « On nous consulte après avoir décidé. » Je note la page, je note le nom, puis je regarde l’ancien carton. Le passé n’est pas une réponse. Il est parfois une question qui recommence. [Chorus] Dans la marge, j’écris les ressemblances, dans la marge, les années perdent leur distance. Un trait jaune traverse le temps, de l’encre brune jusqu’au présent. Dans la marge, je n’arrive plus à dire : « Tout cela n’existe plus. » [Piano Interlude] [Bridge] Je croyais qu’archiver signifiait sauver. Peut-être que sauver n’est pas écouter. Conserver la température, contrôler l’humidité, réparer une reliure, numériser. Tout cela protège les mots du temps. Mais qu’est-ce qui protège les gens du sentiment d’avoir écrit pour rien ? [Final Chorus] Dans la marge, j’écris les ressemblances, dans la marge, les années perdent leur distance. Un trait jaune traverse le temps, de l’encre brune jusqu’au présent. Dans la marge, je n’arrive plus à dire : « Tout cela n’existe plus. » [Outro] Je referme mon cahier à moi. Sur la couverture, j’écris seulement : À vérifier.